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Ebooks en France Ternoise sur la voie Amanda Hocking avenir livre numérique




Amanda Hocking, Stephen Leather et moi...
Les auteurs convaincus de la justesse des analyses du SNE ont retenu la leçon : « Stephen King a tenté l’expérience de vendre directement ses livres en ligne. Devant l’échec complet de sa tentative, il est revenu vers son éditeur… » Il a même reçu une belle fessée et promis de ne jamais plus recommencer ? Alors vous, qui n’avez pas l’audience, la renommée, la carrière de Stephen King, nous vous aurons prévenus : si vous essayez, nos représailles seront terribles : « qui osera tenter l’aventure de l’indépendance numérique ne sera jamais édité par une vénérable maison. » Non, inutile d’inscrire cette menace sur un portail des éditeurs… les écrivains sont suffisamment intelligents pour tirer les bonnes conclusions des errements de monsieur Stephen King ! Ils prétendent que c’est impossible afin que personne n’ose. Revenons sur leur développement : « Cette idée reçue [qu’on puisse se passer d’un éditeur] provient d’une méconnaissance du métier et de la valeur ajoutée de l’éditeur. » Quelle est la valeur ajoutée, l’apport d’un éditeur dans l’édition papier ? Il prend le risque financier. Naturellement, un éditeur digne de ce nom ne demande jamais d’argent à un auteur (si un éditeur vous demande de l’argent pour publier un de vos manuscrits, il s’agit d’une proposition de contrat à compte d’auteur, ou compte à demi ; comme je l’ai écrit sur http://www.auto-edition.com : ne payez jamais un éditeur) Dans ce risque financier, il y a d’abord la fabrication des livres qui ne seront peut-être jamais vendus mais qui devront être envoyés aux libraires et autres vendeurs. Frais d’imprimeur, frais d’envoi aux libraires et frais de retour des invendus, frais de destruction des livres invendus (le pilon).

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Frais de promotion aussi, de la distribution gratuite aux médias à la publicité. Il existe même parfois des frais de correction, de réécriture… mais les écrivains prétendent le plus souvent que l’éditeur n’a pas touché une lettre de leur manuscrit. Ainsi, avec ces frais réels, les éditeurs ont pu imposer des droits d’auteur autour de 10 % du prix de vente. Naturellement, en contrepartie de ces risques, les éditeurs placent le plus souvent dans le contrat une clause de priorité, aux mêmes conditions, pour les trois ouvrages suivants de l’écrivain, qui se retrouve ainsi lié à un éditeur... Avec le numérique, malgré les rodomontades du SNE, les frais occasionnés par le papier et la distribution de ces lourds bouquins, ne sont pas compensés par de nouveaux frais. Reste néanmoins l’épineux problème de la distribution, de la vente du livre, et de la nécessaire publicité qui doit passer par plus qu’une page facebook et une mise en vente sur une librairie virtuelle ! Mais un auteur indépendant est actuellement encore presque à égalité avec les éditeurs installés pour créer un buzz. Il suffit par exemple d’observer la péripétie du compte Gallimard sur twitter.com pour constater la difficulté qu’ont ces vieilles structures à aborder le net (un fan avait créé le compte Gallimard sur twitter, qu’il alimentait correctement, suivi par plus de 1800 abonnés, et il proposa à la vénérable maison de le reprendre... ne reçut aucune réponse… avant un happy-end quand même où monsieur Antoine Gallimard en personne l’invita). Quant à la fabrication des PDF et epub, nul doute que les éditeurs ne tarderont pas à réclamer des fichiers dans ces formats ; ou, quand même, auront le logiciel nécessaire et suffisant pour transformer un texte sous word dans ces formats. Bref, le risque financier ayant quasi disparu et le rôle des médias traditionnels alliés des éditeurs installés s’étant estompé : ils prétendent que c’est impossible afin que personne n’ose. La

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France est un pays figé où l’initiative individuelle a des difficultés à passer surtout dans le monde des lettres. J’ai essayé, pour l’instant (presque) en vain. Certes, j’ai réussi à vivre de cette activité d’auteur éditeur indépendant… mais que de difficultés ! Du côté de l’Angleterre et l’Amérique... Que l’on soit un peu connu, ou totalement inconnu… c’est possible. Avec même des exemples. Certes, pas d’exemples à la pelle ! Stephen Leather fut longtemps un modeste auteur britannique de polars et thrillers, vivant de ses écrits grâce à un lectorat fidèle, en publiant un ou deux livres chaque année. Modeste mais quand même avec deux millions de livres vendus grâce à des traductions dans une vingtaine de langues. Puis un jour, fin octobre 2010, juste au moment du boom du Kindle d’Amazon dans son pays, Stephen Leather a sorti de ses tiroirs trois nouvelles qui avaient été refusées par les éditeurs, les mettant en vente au format électronique sur Amazon.co.uk, en indépendant. Le prix de vente a sûrement été un élément de l’engouement : soixante-dix pence (environ quatre-vingts centimes d’euros). Nombreux furent les britanniques effectuant sur le site d’Amazon leur premier achat de livre avec ce résultat s’affichant dans la recherche « le moins cher »… et il a bénéficié de la publicité réalisée par ses fidèles lecteurs pour lancer le buzz. J’aurais aimé être l’exemple du parfait inconnu laissant baba le monde de l’édition ! Mais… non, ce n’est pas que je sois connu… je vis en France… et dans l’univers francophone, on a des difficultés à sortir la littérature de sa gangue officielle... alors ce fut Amanda Hocking. Américaine, 26 ans, refusée par les éditeurs et publiant sur Amazon ses onze livres. Sans éditeur,

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en auto-édition donc, avec des prix de 0,99 à 2,99 dollars. Plus d’un million d’exemplaires achetés. Et contrairement au modèle cher du SNE, 70% du prix payé par les internautes lui revient. Naturellement, le monde de l’édition classique a essayé de récupérer la jeune femme et elle a signé pour quatre livres un gros contrat… Amazon lui a aussitôt signé un autre gros chèque pour l’exclusivité de la vente des ebooks. Si vous croisez des gens du SNE, interrogez-les sur Amanda Hocking ! Comme pour le livre papier les success-story seront rares. Mais c’est désormais aussi (peu) probable sur le web qu’avec un bouquin dos carré collé. Viser le Kindle, le e-reader d’Amazon, est donc nécessaire. On estime à 12 millions le nombre de Kindle vendus en janvier 2011. Mais combien en France ? Pour l’instant, dans l’hexagone, si l’on souhaite ce bel objet, il faut passer par une page avec des prix en dollars et des explications en anglais ! Mais Amazon représentera forcément un jour une possibilité...



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